Doit-on juger ?

« Je ne juge pas, je constate. » Lequel d'entre nous n'a pas prononcé et plutôt cent fois qu'une ces quelques mots en conclusion d'un long discours sur les défauts des autres ?

D'où vient ce besoin de se justifier, voire de nous disculper, comme honteux de «juger », même lorsque personne autour de nous ne conteste nos propos ? Souvent nous nous abstenons de juger, et si nous en donnons l'impression, nous nous hâtons de le nier. Nous sommes tous rompus à cet exercice et même capables d'y mêler une bonne dose de sincérité.

Dans notre société qui reste, plus ou moins malgré elle, imprégnée du message évangélique, nous avons tous à l'esprit la phrase du Christ rapportée par Mathieu : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugez. » (Mt 7, 1)

Or, ce précepte ne nous conduit-il pas à un contresens, voire à une faute. ? Juger signifie ici condamner. En effet, le jugement objectif, lucide, clairvoyant n'est pas à rejeter, bien au contraire. Il est nécessaire à l'homme. L'homme doit savoir séparer le Bien du Mal.

Quelle que soit la décision de l'homme, dans sa liberté intrinsèque, Dieu reste avec lui, au-dedans de lui-même. L'homme qui ne juge pas ne saurait discerner, ni prendre parti, ni faire de choix.

Une société fraternelle devrait proclamer : «Juger afin que vous soyez juges. » Dans le troisième chapitre des Fioretti, Frère Bernard dit à François d’Assise « Je te commande, au nom de la sainte obéissance, que chaque fois que nous serons ensemble, tu me reprennes et tu me corriges durement de mes défauts», car il faut juger et se juger. Mais savoir juger est difficile. Votre grand ennemi c'est nous-mêmes. Dans les versets 3 et 4 du chapitre 7 de l'Evangile de Matthieu apparaît l'image célèbre de la poutre et de la paille. Le verset 5 nous dit : « Hypocrite, enlève la poutre de ton oeil, et alors, tu verras clair pour enlever la paille de l'oeil de ton frère. » II faut s'efforcer de voir clair, d'être objectif et pour ce faire, ne pas oublier en jugeant que l'autre est son frère.

Jésus n'édicte pas un interdit, il révèle cet aveuglement gui nous conduit au jugement téméraire et au mensonge.

II faut juger mais avec amour et sympathie.