Y–a–t’il un érostisme chrétien ?

Notre dernier « point d'interrogation », évoquait le thème de l'amour. Voici un article tiré d'un commentaire du curé de la cathédrale d'Angoulême, sur l'encyclique « Dieu est Amour» du Pape Benoît XVI qui nous a particulièrement interpellés. Nous le livrons à votre réflexion.

Dans sa récente encyclique, Dieu est Amour, le Pape Benoît XVI fait l'éloge de l'amour physique qui existe entre l'homme et la femme (Éros), et qui est transfiguré par l'Agape, terme qui désigne l'amour charité, l'amour don de soi.

Le Pape plaide pour que ces deux sortes d'amour ne soient jamais l'un sans l'autre. En citant Nietzsche, il dit que l'Eros amoureux est la « plus belle chose de la vie », joie prévue pour nous par le Créateur. On est loin dans toute cette encyclique d'un soi-disant regard pessimiste sur la chair. Au contraire, en signant cette lettre du jour de Noël, le jour où la chair de notre humanité a accepté la plénitude de la Divinité. Benoît XVI retrouve la grande tradition de notre Eglise pour qui la chair est le temple de l'Esprit, pour qui la beauté du corps est si grande qu'elle peut dire la beauté de l'Amour de Dieu lorsque la communion entre deux êtres est si grande qu'elle devient un avant-goût du paradis.

Ne dit-on pas de l'acte sexuel qu'il est « une petite mort » au sens où il conduit aux portes d'un univers qui transcende le temps et l'espace, et qui annonce déjà la victoire de l'amour sur la mort ?

Bien des Pères de l'Eglise, dès les premiers siècles, osaient même comparer l'union conjugale dans le mariage chrétien à la communion eucharistique, car dans les deux cas, il s'agit de livrer son corps par amour; d'être prêt à verser son sang pour l'autre, d'être uni à l'autre sans confusion ni séparation, au point de communier à ce qu'il/elle est en lui/elle-même

Au XVIe siècle, saint François de Sales compare l'acte sexuel à un repas, ce qui lui permettait avec délicatesse d'en faire un lieu de respect de l'autre, mettre le couvert, ne pas se goinfrer tout seul, décorer la table, etc.

II y a bien là les bases d'un érotisme chrétien, qui devrait réveiller quelques couples mariés, et qui pourrait permettre à des jeunes de ne pas s'enliser dans les méandres d'autres érotismes beaucoup plus païens.

Dans cette encyclique, le Pape rappelle que l'amour physique aspire à se mettre au service de l'amour charité. Sinon, dit le Pape, « la façon d'exalter le corps à laquelle nous assistons aujourd'hui est trompeuse. L'Eros rabaissé simplement au "sexe" devient une marchandise, une simple chose que l'on peut acheter et vendre. Plus encore, l'homme devient une marchandise. »

Malgré cette mise en garde, le christianisme ne détruit pas l'Eros : il l'assume, il l'élève, il le transfigure dans l'amour charité. Comment les chrétiens ont-ils pu laisser croire que nous serions une religion ennemie du corps ? Qui plus que les chrétiens aiment ce corps, fait pour vibrer d'amour ?

L'amour érotisme, l'amour charité, et l'amour amitié revient « à faire du définitif » lorsqu'il marche ensemble. Ne gaspillons pas ce trésor.