A la mémoire de Gonzague

Gonzague Hériard, principal auteur de ces pages, s'est éteint le mardi 9 décembre 2008.
Voici deux petits textes rédigés à cette occasion par un de ses fils...

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Gonzague Hériard est né le 12 mai 1927.

Petit 8ème d'une famille qui a ses racines mêlées avec la terre d'Aigre depuis le 17eme siècle. Papa était le fruit d’un vieux sarment nourri de la terre du Canton d'Aigre et de ses rivières. Cette terre et ces rivières, il ne les a jamais quittées et tous ses pas le ramenaient ici. Il respectait et aimait la beauté de cette nature et louait Dieu pour sa Création.

Comme ces fruits que l'on laisse mûrir jusqu'au bout, comme la dernière semence choyée d'une terre riche, papa en a hérité le cœur.

Dieu a créé la terre en 7 jours, nous dit de façon très symbolique la Bible. Le 7ème jour il s'est retiré pour contempler son œuvre et l'a laissé grandir, puis oserais-je dire, le huitième jour, il a donné son cœur. Papa est du 8eme jour, de la race du cœur.

Cœur meurtri par la guerre, la privation et parfois la dureté du monde,
Cœur déchiré par le départ trop rapide d'un père, puis d'un frère, puis d'un fils,
Cœur devenu source vive, fleuve d'amour qui se répand et s'abaisse pour abreuver chacun de sa tendresse. Papa vivait porté par les entrailles meurtries d'un Dieu qui n'est qu'amour.

Certes papa était aussi de chair et de sang, avec sa droiture et son exigence au service d'une cause qu'il trouvait juste : le bonheur de ceux qui travaillait à ses côtés, le bonheur de ce Canton qu’il avait toujours du mal à quitter, le bonheur de ceux croisés au carrefour de la vie, sa femme, ses enfants, ses amis, mais aussi ses enfants spirituels comme cette douzaine d'enfants du Mékong qu'il parraine au Vietnam.

Papa, à cause de la guerre, n'a pas reçu l'éducation qu'il aurait pu avoir. Il n'a pu finir ses études. Il avait comme force cette humilité de l'autodidacte, celle de ne pouvoir prétendre être meilleur que les autres et donc considérant chacun non par ses mérites mais à l'échelle du cœur.

Lorsqu'à l'aube de ses derniers jours, je lui massai ses pieds meurtris, il m'a dit ces simples mots : « Tu es comme au lavement des pieds, à genoux comme le Christ et je sais que ce texte t'habite profondément ». Il m'a dit alors : « moi ce qui m'émeut le plus, c'est ce qu'à dit la petite Bernadette de Lourdes en parlant de la Vierge » : « elle m'a regardé comme une personne ». Je crois en effet que c'est ce que l’on peut dire de papa et de toutes les rencontres de sa vie, il nous regardait comme une personne. Et s'il ne l'a pas fait, croyez bien que c'est ce qu'il doit regretter encore le plus. C’est ce qu’exprime la demande de pardon, qu’il a préparé pour aujourd'hui (cf. plus loin), et pour qu’un membre de l’équipe pastorale en fasse lecture...

Merci papa. Tu as toujours su nous écouter, et tu aimais par-dessus tout parler avec nous. Tu nous as ouvert le cœur au Seigneur et tu nous as donné un peu de ton cœur. Tu as toujours su nous pardonner. Enfin le plus beau des cadeaux que tu nous as fait, c'est d'avoir été notre père...

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Papa, il y a quelques jours, s'est réveillé en sursaut, après avoir entendu dans son sommeil par deux fois appeler son nom « Gonzague, Gonzague » En parlant à sa fille Laurence, à son réveil, il a reconnu que cela pouvait être le Seigneur qui l'attendait déjà, comme ce texte de Samuel, (1 Samuel 3), où le Seigneur appelle le jeune prophète dans son sommeil, mais où ce n'est qu'avec l'aide d'un tiers qu'il reconnaît l'appel du Seigneur. Mais alors il a confié dans les larmes à sa fille combien il ne se sentait pas digne. C'est alors que comme en réponse, le Seigneur est venue manifester sa miséricorde en la personne de l'aumônier
de l'hôpital qui a alors frappé à la porte pour lui porter la Sainte Communion.

Dans un texte qu'il a laissé scellé pour être ouvert après sa mort, papa nous demande à tous pardon, à sa famille, à son personnel, à tous ceux qu'il a rencontré et qu'il croit ne pas avoir assez aimé. Vous le trouverez plus loin. Ce n'est que quelques jours plus tard, après un difficile combat avec sa maladie que papa a choisi de partir, ce mardi 9 décembre, alors que sa même fille lui lisait les deux textes suivants. « Pour vous qui craignez mon Nom, le Seigneur se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. » Malachie 3, 20

Il a fait son passage dans les bras de Dieu lorsque Laurence lui lisait ce texte d'Isaïe 40, 1-11 :
« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli (,,,) Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Elève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu.» (...) Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. »

Papa a beaucoup travaillé récemment sur des questions adressées aux brebis perdues... à ceux qui cherchent un chemin et qui ne trouvent plus la route et auprès de qui le Seigneur va à la rencontre en laissant tout le troupeau (C'était aussi le texte de l'évangile du jour). Vous trouverez une partie de ses questions réponses rédigées par lui et quelques amis au cours des 3 ou 4 dernières années (1) et sont disponibles sur le site internet http://questions.eklesia.fr.

Papa nous disait il y a quelques semaines à quel point il croyait en la présence de ceux qui nous ont précédé dans la mort. Il évoquait ainsi son père et son fils Franck (2), mort à l'âge de 5 ans et qui l'accompagnait avec la tendresse d'un fils qui le précède auprès du Père. Que papa soit pour vous, à son tour, dans vos pensées et vos épreuves, au delà du souvenir de son enveloppe charnelle, un accompagnateur sur vos chemins de vie.

Claude Hériard, co-webmestre de Questions et de Chemins
cf. aussi http://stores.lulu.com/cheriard (ou vous trouverez aussi l'intégrale du Testament spirituel de Gonzague Hériard)
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JE DEMANDE PARDON :
A mon épouse, pour chaque fois que mon égoïsme a pu la faire souffrir, et à mes enfants et ma famille, pour mes actes ou mes actions qu'ils n'ont pu comprendre et leur ont fait de la peine,
A mon personnel, envers qui j'ai souvent manqué de charité et les ai bousculé à maintes reprises, prenant mon travail et mes responsabilités parfois trop à coeur et dans un souci peut être trop pessimiste de la pérennité de l'entreprise et de sa vocation au sein de notre petite localité
A mon entourage et à mes amis :
- que j'ai probablement souvent gêné par la place que ma situation professionnelle et mon rang dans la cité me conféraient sur le Plan Humain alors que nous étions tous au même niveau, tous frères au plan de Dieu,
- qui se sentaient mal à l'aise et donc étaient peinés, dans leur contact avec moi à cause de ma timidité qui se traduisait par une froideur apparente dans mes réactions, cachant mon extrême susceptibilité naturelle.
Gonzague Hériard

(1) Papa depuis quelques temps voulait que ces questions soient mises à disposition dans les églises à l'intention des passants, brebis perdues en recherche.
Elles ont été déjà distribuées à plus de 1200 exemplaires sous la forme d'un livret d'une vingtaine de page dans plusieurs églises de Charente, à la cathédrale d'Angoulême, de Saintes et de Bordeaux. Si vous souhaitez recevoir un exemplaire de ces questions dans leur version papier, libre de copie, pour les distribuer dans vos églises merci d'utiliser le formulaire de contact en précisant vos coordonnées (tel, mail, adresse).

(2) cf. Enfant à cœur ouvert, écrit par sa femme et disponible sous ce lien :
http://chemins.eklesia.fr/lecture/index.php