Les Chrétiens et l'argent

L'Argent, dit-on souvent, brûle les doigts des catholiques et pourtant, il ne provoque pas la même résistance chez les protestants. Ces derniers pensent, au contraire, que l'argent est un bienfait de Dieu. Pourquoi cette différence ?

De nos jours, l'argent représente une valeur. Grâce à lui, l'homme peut acquérir une place dans la société. Son absence, le relègue au rang d'exclu ou d'assisté, donc en un état dévalorisant de dépendance. Seul celui qui n'est pas soumis aux contraintes matérielles peut se permettre de le dédaigner, Comme l'a écrit très justement le Frère Girette, l'homme se sent exclu de la société lorsqu'il ne possède pas lui-même, ce que plus de 50 % de la population a obtenu (par exemple : voiture, télévision...).

Pour bien comprendre la doctrine de l'Église sur ce sujet, il faut lire la lettre des évêques de France, « Créer et partager ». Selon celle-ci, il convient de créer des richesses si l'on veut pouvoir les partager avec les autres. L'encyclique récente « Centisimus Annus » nous dit par ailleurs que l'Église approuve le droit de propriété et reconnaît les valeurs d'épanouissement et de sécurité qu'il apporte. Mais, elle dit aussi que les biens de ce monde appartiennent à tous !
L'Eglise met en garde seulement contre les dangers que l'argent peut entraîner. Dieu est en effet le créateur et le propriétaire de toute chose. Il met donc à la disposition de chacun cet argent qui fait parti du bien commun de l'humanité. Ce n'est pas la possession des richesses qui est critiquable mais ce que l'on en fait. La responsabilité du chrétien est d'en faire un bon usage. La mauvaise utilisation n'est pas conforme à ce que le Christ a enseigné : Au chrétien de réfléchir en conscience sur l'utilisation de son argent pour son bien, son équilibre personnel et familial. A chacun d'éviter de le gaspiller dans l'inutile, le superflu et les abus de la société de consommation.
Le problème est de discerner le superflu du nécessaire pour le maintien de son équilibre personnel. La difficulté réside dans le fait que ce qui paraît être un luxe pour certains, peut par contre être du nécessaire pour d'autres personnes suivant les tempéraments, l'entourage, ou les milieux sociaux. Il est difficile pour des parents de refuser de l'argent ou des biens matériels à leurs enfants (vêtements de marque, etc.). Pourtant cette générosité, voire ce laxisme, peut se retourner contre parents et enfants. Toute suppression frustrant ceux qui ont eu l'habitude de croire que tout leur était dû.

L'une des originalités de la foi chrétienne est l'esprit de pauvreté qui se traduit notamment par des dons. Une étude réalisée par le centre des impôts, à partir de l'analyse des reçus des dons faits aux oeuvres, tend à montrer que les chrétiens sont ceux qui donnent le plus, alors que certains ont du mal à concevoir que l'argent qu'ils gagnent, pourrait être donné sans retour.

L'ancien directeur du FMI, actuellement président "des semaines sociales de France", affirme avoir visité plus de cent soixante-dix pays pendant son mandat et avoir trouvé plus de bonheur dans les pays les plus pauvres, et plus d'insatisfaction dans les pays riches. La société de consommation, dit-il, plonge l'habitant de l'Europe de l'Ouest dans « une effroyable solitude et un individualisme aveugle en anesthésiant les consciences ».

Le danger n'est-il pas que notre société de consommation pervertisse notre regard sur l'argent et par voie de conséquence notre image de l'homme ?

Un groupe de laïcs de la paroisse.